Archives : L'agriculture biologique - Aspects techniques


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La demande pour les produits biologiques a atteint un niveau historique au Royaume-Uni. Bien que l'agriculture conventionnelle reste majoritaire, la superficie des terres en cours de conversion vers la production biologique progresse, les producteurs y voyant de réelles opportunités environnementales et économiques. Quels sont les autres avantages qui en font une démarche si précieuse ? Et comment cela fonctionne-t-il exactement ? Jez Fredenburgh, notre correspondant invité, mène l'enquête dans cet article initialement publié le 2 avril 2019.

Également qualifiée d'agriculture « écologique » ou « biologique », l'agriculture biologique place l'environnement, le bien-être animal, la qualité des aliments, la santé humaine et les objectifs socio-économiques au cœur de ses priorités. Mais au-delà du fait de ne pas utiliser d'engrais chimiques ni de pesticides, que font concrètement les agriculteurs biologiques, et pour quelles raisons ?

Des systèmes mixtes et diversifiés
Cultiver continuellement les mêmes cultures, ou uniquement des cultures arables, sur une même parcelle peut favoriser la prolifération des mauvaises herbes, des ravageurs et des maladies, tout en épuisant les nutriments du sol. C'est pourquoi les fermes biologiques s'appuient sur une grande diversité de cultures et d'animaux. Ceux-ci font l'objet de rotations à travers l'exploitation afin de briser les cycles des ravageurs et des maladies, et de renforcer la fertilité des sols.

Idéalement, un équilibre est recherché entre les cultures qui enrichissent le sol en nutriments et en fertilité (comme le trèfle, qui fixe l'azote) et celles qui puisent ces nutriments lors de la récolte. Les prairies, où paissent les animaux, constituent souvent un pilier essentiel d'une ferme biologique. Elles s'auto-fertilisent en fixant l'azote, tandis que le fumier des animaux restitue des nutriments à la terre.

Selon la Soil Association Scotland, les agriculteurs qui cultivent des terres de plaine obtiennent de meilleurs rendements si leurs sols ont été enrichis par l'élevage. Le pâturage du bétail contribue également à la gestion des prairies en limitant la propagation des mauvaises herbes.

Ces exploitations biologiques et diversifiées favorisent grandement la biodiversité : il a été démontré qu'elles abritent une plus grande variété de plantes et de fleurs, ainsi qu'une population plus dense de vers de terre, d'insectes, de papillons et de certaines espèces d'oiseaux. Beaucoup de ces insectes, tels que les abeilles et les syrphes, participent à la pollinisation des cultures et s'avèrent donc indispensables à notre système alimentaire. Ils permettent également aux agriculteurs de réaliser d'importantes économies : on estime que si l'agriculture écossaise devait remplacer le travail naturel de ces pollinisateurs, le coût s'élèverait à environ 43 millions de livres sterling.

Des sols sains et une gestion naturelle des ravageurs
Selon The Soil Association, les sols cultivés en agriculture biologique présentent, en moyenne, des taux de matière organique supérieurs de 21 % à ceux des sols non biologiques. Le sol est le capital le plus précieux de l'agriculteur, en particulier pour les producteurs biologiques qui ne peuvent pas recourir aux engrais de synthèse. À la place, ils emploient des méthodes naturelles pour préserver la structure, l'activité biologique et la fertilité de la terre. Des engrais organiques, issus de l'élevage ou sous forme de compost, sont régulièrement appliqués sur les sols, permettant ainsi de recycler les nutriments provenant de l'alimentation et de la litière des animaux, ainsi que des fanes de légumes et des herbes indésirables.

Cette pratique permet de maximiser l'humus du sol (une matière organique en décomposition hautement nutritive, riche en micro-organismes et bénéfique pour la structure de la terre) ainsi que l'activité microbienne (qui décompose la matière organique en nutriments assimilables par les plantes). Les vers de terre tirent grandement profit de cette abondance de matière organique, contribuant à améliorer la structure et la richesse du sol. Ainsi, la terre est bien mieux armée pour faire face aux agressions climatiques, qu'il s'agisse de sécheresses ou de précipitations intenses. Pour préserver encore davantage cette structure, le semis direct ou le travail superficiel du sol (techniques de non-labour) sont privilégiés au labour traditionnel, afin de limiter au maximum les perturbations et l'érosion.

Puisque les agriculteurs biologiques n'utilisent ni pesticides de synthèse, ni herbicides, ni variétés génétiquement modifiées (OGM), ils déploient des méthodes naturelles pour lutter contre les ravageurs et les maladies. Ils veillent notamment à aménager des habitats favorables aux prédateurs naturels de ces nuisibles. Pour devancer les mauvaises herbes, les producteurs peuvent augmenter la densité des semis, ajuster leurs périodes de plantation, associer plusieurs cultures simultanément sur une même parcelle, ou encore éviter d'enchaîner des cultures sensibles aux mêmes maladies et ravageurs.

Des bénéfices alternatifs
Selon The Soil Association, l'agriculture biologique représente actuellement le modèle pratique le plus efficace pour produire une alimentation respectueuse du climat. Près de 25 % des émissions de gaz à effet de serre de l'agriculture écossaise proviennent des engrais azotés. En se passant d'intrants chimiques et d'engrais issus d'énergies fossiles, l'agriculture biologique offre une réelle opportunité de réduire ces émissions.

De plus, on estime que les sols agricoles stockent environ 9,8 milliards de tonnes de carbone. S'ils sont gérés avec soin, ils peuvent contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre. À l'inverse, une mauvaise gestion peut transformer ces sols en sources d'émissions.

Selon plusieurs recherches, les sols des fermes biologiques présentent souvent des taux de matière organique plus élevés (ce qui permet de réinjecter le carbone dans la terre) et un potentiel de stockage de carbone à long terme bien supérieur à celui des exploitations non biologiques.

En Écosse, de nombreux agriculteurs biologiques s'impliquent également dans la restauration des tourbières, contribuant ainsi à piéger durablement les gaz à effet de serre dans le sol. Face à la prise de conscience croissante du public en matière de durabilité, les consommateurs recherchent de plus en plus des produits alimentaires offrant de réels bénéfices écologiques.

Les agriculteurs en sont conscients et s'interrogent de plus en plus sur la manière dont ils peuvent s'inscrire dans la solution face aux grands défis contemporains, comme le changement climatique. Espérons que la production biologique, avec sa capacité à répondre à la crise écologique et environnementale actuelle, ait devant elle un avenir des plus prometteurs.