Les Rhinns of Islay constituent la péninsule occidentale de l’île et représentent environ un tiers de sa superficie totale. En gaélique, on dit « Rinns » — « Rhinns » étant une graphie anglaise inventée par des cartographes victoriens romantiques, qui pensaient que cette lettre supplémentaire lui donnait un air plus authentique.
Il est fascinant de voir à quel point les systèmes agricoles ont évolué au fil des années et comment ces changements reflètent le développement de la distillation du whisky. Islay a connu une forte croissance démographique au XVIIIe siècle, portée par l’arrivée de la pomme de terre et l’accès à des soins de santé élémentaires. Le recensement de 1831 faisait état de plus de 15 000 habitants, mais les évolutions du paysage politique, puis les famines de la pomme de terre, ont entraîné un déclin progressif de la population, qui se poursuit encore aujourd’hui. Quiconque arpente les landes de l’île est susceptible de tomber sur les vestiges plutôt mélancoliques des anciens runrig qui entourent les villages abandonnés lors des Highland Clearances.
Les terres relativement fertiles des « in-bye land », autour de ces villages, permettaient essentiellement une agriculture de subsistance fondée sur la culture des pommes de terre et de l’avoine, avec quelques plantes-racines comme les navets. Cependant, au XVIIIe siècle, de l’orge était cultivée pour alimenter la production, alors très répandue et illégale, de uisge baugh, l’eau-de-vie blanche dont allait évoluer le single malt whisky moderne.
Les « outbye land », ces vastes étendues de landes ouvertes aux pâturages difficiles et aux sols relativement pauvres, étaient à l’origine destinées aux black Highland cattle. Leur lait servait à fabriquer du fromage, qui devait idéalement permettre à une famille de subsister durant le long hiver, tandis que les veaux étaient vendus à des drovers, qui les conduisaient à pied jusqu’aux marchés du mainland.
Plus tard, les bovins cédèrent progressivement la place aux moutons à mesure que la population humaine était chassée de ces terres. De nombreux Ilich déplacés partirent vers les villes du mainland, qui se développaient alors avec la révolution industrielle ; beaucoup émigrèrent outre-mer, tandis que certains s’installèrent dans les nouveaux villages de Port Charlotte, Portnahaven et Bruichladdich, construits sur les Rhinns au cours du XIXe siècle.
Il n’était désormais plus possible de cultiver suffisamment d’orge à Islay, à un coût suffisamment bas, pour approvisionner les grandes distilleries commerciales qui s’y étaient développées au XIXe siècle, Bruichladdich comprise. La très grande majorité des céréales utilisées devait être importée. De l’orge et de l’avoine continuaient certes à être cultivées, mais comme fourrage destiné aux chevaux et aux bovins. L’élevage laitier prit davantage d’importance à mesure que les anciens runrig tombaient en désuétude, mais cette activité allait elle aussi progressivement disparaître des Rhinns avec la fermeture de l’Islay Creamery, à Port Charlotte, en 2000.
Les agriculteurs d’Islay sont pourtant un groupe particulièrement innovant, et l’histoire montre leur capacité à s’adapter aux changements qui leur ont été imposés au fil des siècles. Si le bœuf et l’agneau constituent aujourd’hui les principaux produits agricoles, l’ampleur de la diversification qui s’est opérée est remarquable.
Au cours des neuf dernières années, cette diversification a notamment été portée par la volonté croissante d’un nombre toujours plus important d’agriculteurs de cultiver de l’orge destinée au maltage pour Bruichladdich. Et c’est d’autant plus remarquable qu’il n’existe aucun précédent historique à cette pratique.
Cette année, dix exploitations ont livré au total 920 magnifiques tonnes de ce grain doré à Bruichladdich. Une nouvelle fois, une formidable réussite dans cet environnement marginal et difficile — une réussite que nous espérons voir se renouveler pendant de nombreuses années encore.