Aucune réaction de la presse généraliste ne nous est parvenue, mais la communauté, elle, s’est enthousiasmée. « Celui-ci possède toujours toutes les magnifiques crevasses et tous les sommets de ses frères. Énorme, profond… et étonnamment sophistiqué. » Il a remporté les Whisky Bible awards 2011 de The Whisky Exchange dans la catégorie Single Malt Whisky of the year (multiple casks), avec une note de 96/100, malgré la perspective que la dichotomie qu’il incarnait puisse ressembler à quelque chose comme « The New York Dolls jouent Schoenberg » — l’analogie de Serge Valentin.
Ce n’est pas ici le lieu de raconter dans son intégralité le mythe d’« Orpheus » (pour cela, rendez-vous du côté de Opera North). Disons simplement que cette histoire d’amour et de mortalité a inspiré tout le monde, de Rubens à Rodin et Rilke, de Monteverdi à Nick Cave, avant de nous inspirer à notre tour.
Wir gene um it Blume, Weinblatt, Frucht,
Sie sprechen nicht die Sprache nur des Jahres.
Aus Dunkel steigt ein buntes Offenbares
Nous passons notre vie parmi les fleurs, les vignes et les fruits :
Ils parlent un langage qui ne se limite pas à celui de l’année.
Des ténèbres surgit quelque chose de lumineux et de manifeste…
Rainer Maria Rilke, Sonnets to Orpheus, Part One IV, 1922, traduction de Stephen Cohn (pub. Carcanet, 2000).
Le mythe de Comus est moins connu. Milton lui consacra un long poème au XVIIe siècle, que William Blake illustra au XIXe siècle, puis Arthur Rackham au XXe. Il était le dieu des festivités, l’échanson de Dionysos, un séducteur, tantôt représenté sous les traits d’un satyre, tantôt sous ceux d’un jeune homme ambigu.
Comus, alias Octomore 4.2, poussait encore plus loin l’élégance et la superposition des saveurs observées dans le 2.2, grâce à son héritage issu d’une appellation d’élite de Sauternes. Ruben, de Whiskynotes, le décrit comme « un mariage réussi d’éléments qui semblent pourtant contradictoires. Le meilleur Octomore que j’aie goûté jusqu’à présent. »
Peut-être ces whiskies, auxquels nous avions donné des noms mythologiques dès leur conception, étaient-ils destinés à entrer dans l’histoire ? L’ambition était en tout cas claire : distinguer ces bouteilles des .1, les unes des autres, mais aussi du reste de la catégorie des whiskies tourbés. Mark explique qu’il cherchait « à leur conférer une certaine part de mystère — à la fois danger, rédemption et décadence. Les enfers et la bacchanale. »
Une fois encore, ces bouteilles bénéficiaient du génie packaging des débuts de Bruichladdich. Une fois encore, des fûts exceptionnels. Orpheus avait reçu un étui extérieur rouge, afin de mettre en valeur ses impeccables références de Pomerol (Bordeaux). En 2012, Comus (la sixième édition d’Octomore) fut présenté dans une bouteille en verre givré et un tube blanc — évoquant peut-être même une certaine féminité. Nous avions déjà fait nos preuves en matière de design saisissant et de ruptures à 180°, notamment avec PC5 / PC6.
Auprès des passionnés qui savaient déjà qu’ils aimaient la tourbe comme auprès de ceux qui ignoraient encore qu’ils l’aimaient, ces deux premiers « point 2 » non conventionnels furent un véritable phénomène. Voici le plus élémentaire des drams, créé par un contact prolongé avec une terre en combustion, rendu souple et sensuel en bouche grâce à la distillation, et exhalant certains des fruits et des épices les plus décadents et aromatiques que le chêne européen puisse offrir.
Après qu’Orpheus et Comus eurent démontré que des expériences uniques comme celles-ci pouvaient donner naissance à des whiskies aussi fascinants qu’exquis, les whiskies exotiquement maturés et extrêmement tourbés sont devenus partie intégrante de chaque série annuelle depuis 2013. Nos whiskies Octomore .2 continuent de remettre en question les idées reçues sur ce qu’un single malt d’Islay peut être.