La sortie du PC5 en 2006 était si attendue que whiskyfun le qualifiait de « déjà célèbre » moins d'un mois après sa mise en bouteille. Pour les premiers blogs et forums, il s'apparentait à un whisky manifeste : jeune, brut de fût, et doté d'un marketing radicalement différent. C'était le premier whisky distillé par la nouvelle équipe, qui lançait ainsi une toute nouvelle marque de single malt d'Islay, fortement tourbé. Une initiative d'autant plus audacieuse que Bruichladdich était jusqu'alors connu pour ses whiskies non tourbés, destinés aux assemblages.
L'emballage du PC5 présentait des photos monochromes de personnes réelles (comme celui des PC6, 7, 8, 10 et 12), en rupture avec les clichés habituels du scotch : brume, cerfs, tartan et patrimoine soigné. La police de caractères, moderniste, surdimensionnée et empilée, affirmait un style particulier, à l'image d'une affiche de film. Le « Port Charlotte 5 ans » était désigné par « PC5 », le chiffre faisant partie intégrante de l'appellation, à l'instar du nom d'une voiture, un nom abrégé à la source avec l'assurance d'une maison de couture. Le liquide qu'il contenait n'était pas moins impressionnant. Il s'agissait d'un spiritueux résolument jeune, embouteillé à 63,5% vol. (nature). Composé à 65% de bourbon et à 35% de sherry, il nous permettait de rivaliser avec les grandes marques de sherry et d'être plus précis sur sa composition. Serge Valentin le trouva «incroyablement expressif pour un si jeune âge et un degré d'alcool aussi élevé…», concluant : «Nous tenons sans doute un nouveau Premier Cru d'Islay !»
L'approche novatrice de Bruichladdich en matière de whisky coïncida avec l'essor de la culture de l'information aux débuts d'Internet. Whiskyfun, la plateforme de Serge et Angus MacRaild, fut fondée en 2002 ; la base de données communautaire d'avis sur whisky, Whiskybase, vit le jour en 2007. En 2003, nous avons été les pionniers des dégustations interactives en ligne, en direct de la distillerie – voir cet article d'époque dans The Guardian. Nous avons constaté que nous pouvions communiquer directement avec la communauté des blogueurs et des critiques, et nos messages ont trouvé un écho favorable. Auparavant, il semblait que les grandes marques aient intérêt à maintenir les consommateurs dans l'ignorance. Notre campagne en faveur de la transparence se poursuit encore aujourd'hui, avec la publication des recettes du Classic Laddie et notre dénonciation du colorant caramel E-150, largement utilisé dans le secteur pour suggérer un âge plus avancé (et donc une valeur supérieure). Nous nous sommes toujours opposés à la filtration à froid, une technique employée dans l'industrie pour que les whiskies vendus à moins de 46% vol. ne se troublent pas et ne révèlent ainsi leur faible degré d'alcool. Notre position a toujours été simple : informer les consommateurs, laisser le whisky tel quel, et laisser la saveur (et non l'âge indiqué) déterminer sa valeur.