Et puis, il y avait la distillerie originelle de Port Charlotte (également connue sous le nom de Loch Indaal Distillery), qui opéra pendant un siècle et dont le malt fumé jouissait d'une solide réputation. Cet établissement, conçu spécifiquement pour la distillation, ouvrit ses portes en 1829 au cœur du village de Port Charlotte, fondé l'année précédente par Laird Walter Frederik Campbell de Shawfield et baptisé ainsi en l'honneur de sa mère, Lady Charlotte Campbell.
La légende raconte que McEwan, dans sa quête pour ressusciter le profil aromatique originel du malt de Port Charlotte, sollicita l'aide de Ruaridh MacLeod, ancien distillateur de Loch Indaal, qui était censé en connaître intimement le goût. Après de longues heures passées à soumettre échantillon sur échantillon des fûts de Bruichladdich à la sagacité de Ruaridh, espérant glaner un indice sur ce trésor disparu, le vieux distillateur se tourna vers Jim et lui lança : « Jim, je vais te dire maintenant à quoi ça ressemblait… ! »
Jim restait immobile, tendu par l'anticipation, prêt à recevoir l'un des grands secrets d'Islay.
« Je te le dis… c’était bon », trancha Ruaridh. Puis, sans un mot de plus, il rendit son verre à Jim, fit volte-face et s'en alla.
« C’était bon ». Voilà tout ce dont Jim disposait pour recréer ce spiritueux de légende. Cela, et la forte probabilité que son niveau de phénols avoisinait les 40 ppm — l'intensité classique de la tourbe sur Islay. De son côté, Jim savait que pour engendrer un nectar d'exception fidèle à son propre style, la distillation se devait d'être la plus lente possible.
Curieusement, et contrairement aux plans initiaux, le Port Charlotte fut le tout premier spiritueux à couler des alambics fraîchement rouverts de Bruichladdich. Dans la précipitation frénétique pour rouvrir les portes de la distillerie à temps pour le festival de la Fèis Ìle, une confusion survint avec la malterie de Port Ellen, et le seul malt disponible se trouvait être tourbé à 40 ppm.
Le 29 mai 2001, à 08h26 précises, les alambics de Bruichladdich, vieux de 120 ans, reprirent du service. Cette fois, pour donner naissance à un new make issu d'une orge maltée titrant à 40 ppm. Le premier Port Charlotte proposé au public fut embouteillé en 2006, à l’âge de 5 ans : le PC5 Evolution.
Port Charlotte a toujours représenté bien plus que la simple production d'un whisky tourbé traditionnel d'Islay. C'est une histoire d'hommes autant que de terroir. La toute première édition — le PC5 — arborait le portrait de Jim McEwan. Le PC6 mettait à l'honneur les « gars de la distillerie », Adam et Allan, Budgie, Neil McTaggart et John Rennie, tandis que le PC7 célébrait la communauté : ceux avec qui Bruichladdichcollabore au quotidien, à l'image des fermiers.
« Oui, Port Charlotte s’attache à dépeindre Islay comme cette terre sauvage et battue par les vents », confie Lynne McEwan, « mais aussi à mettre en lumière ses habitants : résilients, ingénieux, chaleureux et tournés vers la modernité, tout en restant profondément respectueux des traditions. C'est un chapitre essentiel de l'épopée de Port Charlotte. Nous voulons vous dévoiler le véritable visage d'Islay, tant à travers notre whisky qu'à travers la manière dont nous représentons les gens de cette île. »